LA SELECTION FUSION


FAITH NO MORE - Angel Dust (1992)

Nous sommes en 1992, trois ans après le succès commercial de "The Real Thing" pour la scène US, Faith No  More revient avec le disque qui va asseoir leur réputation au niveau mondial.
Un marketing savamment orchestré de la part de Slash Records, mais surtout des titres catchy qui permettent à chaque auditeur lambda de "kiffer" au moins un ou deux titres sur l’album. La palme du meilleur du comble reviendra sûrement au fait que cette renommée sera notamment acquise à la sortie du single "Easy" qui… ne figure même pas sur l’album (en tout cas sur le premier pressing). Reprise génialissime, il faut rendre à César ce qui appartient à Lionel Richie, le tube de l’été 1992 propulsera à jamais FNM sous les starlights du monde entier.
Assez de mauvaise langue me direz-vous. Oui assez, outre un single outrancièrement accrocheur, l’album n’est pas dénué de qualités. On appuie peut-être (ou pas) un peu trop souvent sur la touche "Mike Patton" (il faut dire qu’avant son recrutement les deux premiers FNM avec Chuck Mosely étaient… hmmm… insipides ?) et sa palette vocale hors du commun, mais il faut avouer que c’est plutôt jouissif.
Comment ne pas frissonner sur les pig squeals de "Be Agressive", la voix chaude de "Everything’s Ruined" et le croonisant (et hilarant) "RV" ? Musicalement aussi, la palette des musiciens de FNM prend de la couleur sur Angel Dust. On aurait pu reprocher à "The Real Thing", son côté teenagers/kids, musique formatée pour MTV, sur "Angel Dust", on retrouve ce genre de titre (l’autre single "Midlife Crisis") mais il y a aussi une dimension plus sombre qui donne de la consistance aux titres.
Faith No More ne renouera ensuite plus avec cette magie et Patton, trop talentueux pour eux, s’en ira 5 ans plus tard montrer au monde toute la versatilité qu’on lui connaît.

RAGE AGAINST THE MACHINE - Rage Against The Machine (1992)

C’est un peu un paradoxe de s’appeler comme ça et en même temps de se faire signer sur Epic / Columbia, le tout chapoté de haut par Sony au Japon. Non ? RATM s’est toujours défendu de n’être qu’une vache à lait supplémentaire pour ses patrons et d’utiliser la voie des majors pour disséminer son message séditieux au plus grand nombre possible.
Néanmoins le DA, entendez directeur artistique, qui signa RATM sur Epic à l’écoute de leur démo / maquette n’a certainement pas eu besoin de faire Sciences Po pour se rendre compte qu’avec une production "à la major", il tenait une putain de bombe entre ses doigts. 
En effet, la Fusion hip hop + metal était jusqu’à RATM du domaine de l’anecdotique voire de l’humoristique. Humoristique avec Run DMC versus Aerosmisth, oui versus parce que là c’était plus de la mise en opposition de deux styles qu’un véritable mariage des genres. Anecdotique lorsque Public Enemy et Anthrax décident de faire scène commune avec le titre phare "Bring the Noise" (à l’époque, les deux étalons dans leurs genres respectifs commencent à trouver le terrain un peu lourd…).
Et voici qu’en 1993 arrivent Zack, Tom, Brad et Tim pour mettre un coup de pied dans la fourmilière. Pour une première fois des lyrics de MC avec un flow de MC se marient avec bonheur avec une instrumentation "metal". C’est tout à l’honneur de Zack d’avoir su réussi à poser son flow sur une rythmique "metal" et de Tom d’avoir su adapter son jeu de guitare, unique soit dit en passant, pour faire office de platines de DJ quand il n’aide pas à sortir des riffs guerriers.
La vision contestataire du groupe, son immense énergie en studio décuplée sur scène (un concert de RATM vaut toutes les chroniques du monde) et ces titres construits comme des exercices militaires au AK47 vont vite construire la légende de la bande à Zack. Du fédérateur "Killing in the Name" qui donne envie de tout casser au somptueux "Take the Power Back", sans oublier les singles "Freedom", "Bombtrack" ou "Bullet in the Head"… Le AK47 de RATM a seulement 10 cartouches mais, même les yeux fermés, elles font toutes mouche.
Assurément un des tous meilleurs albums metal tous genres confondus.

RED HOT CHILI PEPPERS - Mother's Milk (1989)

Les fans de Red Hot Chili Pepper qui ont aujourd'hui entre 13 et 18 ans auraient naturellement tendance à oublier que le groupe californien n'est pas simplement le groupe de "Californication" ou "By the Way". Se rappellent-ils simplement de "Blood Sugar Sex Magik" qui vendit la bagatelle de douze millions d'albums ?
A vrai dire, le groupe existe depuis 1983 et donc depuis vingt-cinq ans, délivre, développe, affine son style à la croisée de tous les genres : hard rock, funk, rap ou bien punk...
En 1989, RHCP sort déjà son quatrième album : "Mother's Milk". C'est l'album qui verra naître le line-up (quasi-)définitif du groupe puisqu'à Flea et Anthony Kiedis viennent se greffer Chad Smith à la batterie et John Frusciante à la guitare.
En comparaison de ses petits frères, "Mother's Milk" est certainement le dernier album de RHCP à posséder cette veine prédominante qui tire vers le punk / hardcore. Les guitares de Frusciante sont relativement acérées et n'ont pas encore la production toute en feeling qu'on retrouvera sur BSSM, leur côté funk est bien présent mais tout cela respire profondément l'anarchie.
Il est également celui qui tire le plus vers les sonorités improbables, les cuivres de "Subway to Venus" ou  de  "Sexy Mexican Maid" ressemblent étrangement à un "Ceux Qui Marchent Debout"... "Nobody Weird Like Me" nous présente une sorte de rockabilly avec des voix remixées à la Kraftwerk...  ou même "Punk Rock Classic" qui n'hésite pas à se foutre délibérément de Guns N' Roses en reprenant au final brièvement le riff de "Sweet Child O' Mine"...
Flea développe son jeu de basse classique... funky à souhait. Loin de moi l'idée de critiquer son art mais force est de reconnaître que Flea et son compère Kiedis sont depuis toujours les porte-drapeaux du groupe et que chacun apporte son petit truc invariable au groupe. Oui, ni Flea n'a appris  à slapper sa basse sur "One Hot Minute", ni Kiedis n'a appris à user de sa voix de velours ou de son flow hip hop sur "Californication"...
L'album se vendra "seulement" à deux millions d'exemplaires... Le songwriting y est pour beaucoup puisque des chansons comme "Higher Ground" ou "Knock Me Down" sont ce qu'on peut appeler des "instant classics", pop et rentre-dedans dans le sens gentil et respectueux du terme.
Néanmoins, on se prend d'affection pour les autres titres précurseurs du futur hit BSSM que sont "Taste the Pain" et "Pretty Little Ditty", des titres à la charnière d'un moment fragile... Ce moment où on acquiert suffisamment d'expérience et de maîtrise pour jouir et faire jouir de son art et le moment où on bascule définitivement et irrémédiablement dans le star-system.
"Mother's Milk" représente cette transition dans la carrière de RHCP, c'est un album juste, représentatif de leurs années passées et annonceur du succès planétaire de demain. Un album rare.

JUDGEMENT NIGHT - Original Soundtrack (1993)

En 1993, l'industrie américaine du cinéma nous a gratifiés d'un énième film d'action dont presque personne ne se souviendrait si les producteurs (certainement alarmés par la qualité déplorable de ladite pellicule et le fiasco commercial programmé qui allait s'en suivre) n'avaient pas eu une formidable idée de génie.

Extrait d'une conversation téléphonique entre les deux producteurs enregistrée à l'insu de leur plein gré :
"John : merde Tom, t'étais là pendant les rushs ?"
"Tom : un peu que j'y étais... je crois que je viens de perdre ma prochaine Ferrari. Ce film il est tellement naze, même la cassette vidéo va avoir honte de se faire enregistrer..."
"John : Pff, m'en parle pas, un film d'action où on s'endort... Je me demande ce qu'on pourrait faire pour rattraper ça... Même pas une scène de cul pour attirer le spectateur... Dis d'ailleurs, on avait décidé quoi pour la B.O.?"
"Tom : Mmouais, je verrais bien un de tes groupes à deux balles style Slayer ou Sonic Youth..."
"John : Tu peux suck my dick ouais... Ca c'est plutôt pour tes groupes de rap style Cypress Hill en plus l'action, si on peut dire, se déroule à L.A...."
"Tom : On n'a qu'à leur faire faire des putains de duos..."
"John : Wow. Pas con."

Et c'est ainsi qu'un des pires films hollywoodiens se vit gratifier de ce qui serait certainement l'une des toutes meilleures bandes originales de film.
Sans faire l'inventaire complet de cet album, on pourra recommander les mariages suivants... Si vous êtes d'humeur lascive, laissez-vous guider par l'alliance Cypress Hill vs Sonic Youth ou celle de Teenage Fanclub vs De La Soul... Au contraire, si vous sentez que vous avez besoin d'un petit boost, passez à la vitesse supérieure en compagnie de Faith No More vs Boo-Ya Tribe ou bien Therapy? vs Fatal. Et puis pour terminer si vous souhaitez tout dépouiller chez vous, il vous reste à enchaîner les titres de Biohazard vs Onyx et surtout l'excellentissime association Slayer vs Ice-T.
Album unique de mariages contre-raison et, certains le penseront, contre-nature, "Judgement Night" nous livre un kaléidoscope musical de haute volée. Un disque qui, en son temps, réconcilia des familles musicales "ennemies" à tort et qui, au delà de son aspect purement marketing, reste un petit bijou dont il serait idiot de passer à côté tant il respire la fraîcheur.

PRIMUS - Pork Soda (1993)

Primus est un ovni musical qui défie le temps et les critiques. Les Claypool, bassiste de génie et ami de Kirk Hammett, un temps pressenti pour remplacer Cliff Burton au sein de Metallica suite à son décès fut jugé trop doué par la paire Hetfield / Ulrich.
Peu importe, il en fallait plus à ce surdoué pour arrêter là où d'autres lui mettaient des bâtons dans les roues. Les éternels nostalgiques pourront toujours se demander à quoi Metallica aurait pu ressembler avec l'addition de ce clown, les autres, dont je fais partie, savoureront à juste titre sa prestation dans Primus.
Armé de sa basse à six cordes, Claypool nous livre "Pork Soda" comme un bonbon de farces et attrapes. L'enrobage acidulé multi-fruits fait papilloter la langue et toutes sortes de saveur s'en dégagent. Fraise, melon, fruits de la passion, tous sont bien ici représentés. Chaque titre est un condensé de fraîcheur et chaque titre délivre son lot de surprises. Mais Primus ce n'est pas qu'un groupe d'ahuris qui s'obstine à nous pondre des morceaux tous plus farfelus les uns que les autres ("The Air Is Getting Slippery", "Welcome to this World") dans une veine très freestyle à la limite du jam en studio. Le coeur du bonbon laisse deviner un contenu parfois amer et les clowns quelquefois sont tristes. Certains morceaux ("Bob", "Ol' Diamondback Sturgeon", "The Pressman") ne mentent pas sur leur contenu sans jamais pour autant sombrer dans la ballade mélodramatique avec sa sacro-sainte partie acoustique...
De "My Name Is Mud" construit autour d'un riff de basse slappé improbable jusqu'à "Hail Santa", outro ponctuée de sa sonnette de vélo fatigué, "Pork Soda" surprend par sa diversité et sa technicité qui, bien que mise en avant, n'en reste pas moins digeste. "Pork Soda" n'est pas uniquement une bizarrerie à recommander à tout bassiste en herbe, c'est un album plein de sens et de contenu qui aujourd'hui n'a pas pris une seule ride et comme nous le chante si bien Les : "Grab a can of pork soda, you'll be feeling just fine!".

INFECTIOUS GROOVES - The Plague That Makes Your Body Moves (1991)

Infectious Grooves est ce qu'on appelle communément un side-project, un groupe qui réunit différents membres d'autres groupes qui se consacrent le temps d'un ou plusieurs albums à autre chose qu'à leurs groupes respectifs.
Infectious Grooves c'est donc la réunion du chanteur Mike Muir et du bassiste Robert Trujillo (à l'époque tous deux membres de Suicidal Tendencies), Stephen Perkins batteur de son état chez Jane's Addiction et également entre autres Adam Siegel, guitariste pour le groupe de thrash crossover Excel (une excellente reprise de "Message in the Bottle" à leur actif au passage).
Quand de joyeux lurons entrent en studio et se retrouvent presque accessoirement pour composer des titres qui doivent figurer sur un album, on obtient quelque chose d'incroyablement frais et surtout rien qui ne sente la prise de tête.
Loin des considérations pseudo-artistiques ou des limelights, Infectious Grooves prend le pari de prendre tout le monde à revers. En 1991, alors que Guns n' Roses ou Red Hot Chili Pepper trustent les charts américains, Infectious Grooves nous propose son post-thrash metal teinté de funk notamment grâce à la basse de Trujillo (mention spéciale à "Punk It Up" qui annonce la couleur ou "Do The Sinister" qui détruit tout...) et la batterie de Perkins dont le jeu tout en finesse nous démontre tout le talent dont on le savait déjà capable chez Jane's Addiction ("Infectious Grooves", "Back to the People").
Mike Muir apparaît presque également comme un homme qui vient de faire peau neuve. Alors que le style de Suicidal Tendencies tend à se normaliser au fil des années, certainement miné par les sages recommandations de son label et une musique de moins en moins Hardcore (la semi-déception "Lights, Camera, Revolution").
Quant à Adam Siegel, il semble s'épanouir aussi bien sur les riffs plus thrash ("Monster Skank") pour lesquels on le connaissait avant que sur les accords bien funky que même Kool And The Gang ne renierait pas ("Stop Funk'n with my Head", "Back to the People").La bonne humeur de chacun des titres est ponctuée de petits passages "interludes" où Sarsippius, the Reptilian Lover, chanteur soul à la gloire oubliée tente désespérément de squatter le studio pour faire quelques prises avec les musiciens. Whipcream... Put it... I love your booty. Est-ce un clin d'oeil à Ozzy Osbourne qui gère les backing vocals (cheesy) sur Therapy ?
La patte Suicidal Tendencies reste néanmoins bien présente et un titre comme "I'm Gonna Be My King" aurait très bien pu figurer sur "How Will I Laugh Tomorrow" ou "Controlled By Hatred".
Pour résumer, un album d'une qualité telle que l'aventure Infectious Grooves se poursuivra jusqu'en 2000 pour même revoir le jour en cette année 2008 avec une tournée et même un nouvel album annoncé. Fans d'hier et futurs fans d'aujourd'hui... Cet album est ce qu'on appelle : un incontournable.

BEASTIE BOYS - Licensed to Ill (1986)

Prenez trois jeunes new-yorkais, juifs de surcroît pour faire plus couleur locale, fans de punk et de hardcore aimant la déconnade et les mots gras et une envie de montrer au monde à quel point bonne humeur et talent peuvent faire bon ménage. Ils se font appeler MCA, Mike D ou encore Ad-Rock et dès leur premier album deviennent des icônes internationales de la Musique. Oui celle avec un grand M, celle qui dépasse les simples clivages de styles. Alors me direz-vous, mais Beastie Boys c'est du hip-hop... Oui et bien plus encore. N'essayez pas de trouver ne serait-ce qu'un seul disque se rapprochant par la musique ou l'esprit (pas avec un grand E celui-la...) de "Licensed To Ill". La blague est tellement réussie que l'album devient le premier best-seller hip hop à atteindre le sommet du Billboard. De quoi rendre jaloux Eminem et consorts.
L'album est résolument hardcore dans l'ensemble même si les titres les plus farfelus sont dénués de toutes guitares ("Girls", un classique de tous les dancefloors américains), lyrics et attitudes trash – marque de fabrique du NYHC – ponctuent tout l'album.
Enfin les hymnes internationaux que sont "No Sleep Till Brooklyn", une parodie de "No Sleep 'Til Hammersmith" de Motörhead, ou "Fight For Your Right" sont accompagnés de la monstrueuse présence guitaristique (là aussi on nage en pleine parodie) de Kerry King (Slayer pour les incultes), transfuge commode de l'écurie Def Jam où les deux formations sont signées.
Un album résolument frais, résolument old-school dans tous les sens du terme à recommander chaudement dans toutes les chaumières pour y mettre une ambiance de pochetrons.

LIVING COLOUR - Vivid (1988)

Living Colour produit en 1988 son premier véritable album "Vivid" et ce directement sur une major importante : Epic Records. Parvenus ? Coup marketing ? Peut-être un peu du dernier. Voyez par vous même.
Vernon Reid, anglais de naissance, guitariste de talent, écume les clubs de free jazz ou de rock indé comme le célèbre CBGB's de New York, longtemps le repère de toute la scène Hard-Core locale (Beastie Boys, Cro-Mags, etc...).
Il est également le co-fondateur de la Black Rock Coalition, mouvement voulant émanciper la présence de musiciens black dans le rock et le métal. Avec son talent et son penchant naturel pour la guitare saturée, un peu dommage de rester enfermé dans l'image traditionnelle à la Earth, Wind And Fire ou Cymande où se trouvent cantonnés les blacks.
Epic ne réfléchira pas deux fois une fois que Living Colour aura sorti une démo produite tout bonnement par... Mick Jagger, vous savez LE Mick Jagger des Pierres Qui Roulent...
Living Colour délivre un Hard Rock qui ne ferait pas rougir David Coverdale, titres catchy, basse funky à l'occasion ("Funny Vibe"), son de guitare très 80's in L.A. Une musique bien plus "blanche" que celle d'un Red Hot Chili Pepper ou d'un Jane's Addiction. Certainement pour éviter de se faire taxer de musique "noire", Living Colour évite les clichés faciles (sauf en termes vestimentaires mais bon ça sent bon les eighties, ressortez vos photos, vous verrez par vous même) et délivre une Fusion bien plus hard rock que funk.
Bourré de hits, "Vivid" attirera (évidemment) aussi MTV, alors quasi-unique détenteur de la vérité musicale à la télévision... Ainsi "Cult of Personality" ou "Middle Man" iront truster les charts du Billboard grâce au matraquage massif sur les écrans. L'album n'est pas pour autant juste une vitrine pour des "afro-américains" en mal de reconnaissance ou un condensé de soupe musicale destiné à faire cracher les thunes des kids. Musicalement, c'est une petite leçon de feeling. Grâce à une production infaillible, chaque instrument donne le meilleur de lui-même et ce jusqu'aux vocals à la variété inouïe de Corey Glover, l'alter-ego black de Mike Patton. Néanmoins, ce sont pourtant les guitares de Reid et ses soli très proches du jeu de Steve Vai (que Mick Jagger utilisera d'ailleurs en tournée lors de la sortie de son album solo Primitive Cool) qui sont la star de cet album sans pour autant le rendre indigeste.
Lors du second album de Living Colour, le groupe tentera trop de choses pour perdre aussitôt son essence et finira par sombrer dans l'indifférence générale. Il reste cependant ce témoignage unique qui aujourd'hui encore pourra tout simplement ravir les amateurs de bonne musique de toutes les couleurs.

URBAN DANCE SQUAD - Mental Floss for the Globe (1989)

Venus tout droit de Utrecht en Hollande, Urban Dance Squad apporte un son neuf avec ce premier opus. Formation de musiciens classiques assortie d'un DJ, UDS nous assène dès les premières notes d'une fusion réussie entre metal en hip-hop. Bien souvent, les combos qui ont essayé d'allier les deux genres s'y sont cassés les dents et seuls les véritables talents ont réussi à prendre leur part du petit gâteau.
Certainement l'album le moins "agressif" du combo batave parce que celui aussi avec le plus de résurgences 70's, la guitare de Tres Manos sentant bon la période Hendrixienne ("Prayer for my Demo" ou encore "Big Apple") et les samples bien sentis de DNA ("Deeper Shade of Soul") se marient idéalement au flow "soyeux" et "soft" de Rudeboy Remington. Avec cette formation éphémère de surcroît suite au départ dès le second album de DNA, Urban Dance Squad réussit le pari de réconcilier amateurs de guitares et aficionados du groove soul. La où RATM enfonce le clou et nous abreuve d'hymnes quasi-guerriers, UDS charme et enchante l'oreille, la berce.
Pour les plus "metal" d'entre nous, l'album pourrait se révéler une déception justement. Ici les riffs ravageurs de Morello et la Rage de De La Rocha sont absents et la sensibilité est beaucoup plus soul que la contrepartie RATM. On ne cherche pas à vous en mettre plein les oreilles mais simplement à passer du bon temps le bouton "loudness" enfoncé pour vous faire bercer par des basses funky que Flea ou 3D eux-mêmes ne renieraient pas.
Un album essentiel pour ceux qui n'ont pas peur d'exposer leurs flancs et d'oublier les sempiternelles pseudo-querelles entre metal et hip-hop.

FISHBONE - The Reality of My Surroundings (1991)

Fishbone est parmi notre sélection le groupe auquel le terme Fusion convient certainement le mieux. Fishbone distille son savant mélange de heavy metal, ska, punk, reggae, depuis 1979. Presque trente ans de carrière mais seulement sept albums à leur actif. "Truth and Soul" leur avait apporté la consécration musicale et commerciale en 1988 et aussi une certaine liberté musicale. En effet, deux années après en sortant "The Reality of my Surroundings" (TROMS), Fishbone se permettait de sortir un album qui bien que bien moins accessible que son prédécesseur est encore aujourd'hui leur plus grand succès commercial et l'album qui les définit le mieux.
Chaque morceau de TROMS mériterait une mini-chro en soi mais malheureusement, Chef Contresens ne le permettrait pas ! Pour mieux apprécier la musique de Fishbone, essayons donc avec un jeu des sept familles...
Dans la famille Ska ... hmm je voudrais les Skatalites...
Dans la famille Funk... je voudrais George Clinton période Parliament / Funkadelic !
Dans la famille Soul... je voudrais Cymande, Mandrill ou Sly And The Family Stones !
Dans la famille Black Music...un truc genre Herbie Hancock ou un bon vieux Stevie Wonder !
Dans la famille Ska Punk... je voudrais... Sublime et les Mighty Mighty Bosstones.
Dans la famille Reggae / Ragga... je voudrais un truc joyeux à la Jamalski ou genre vieux reggae des 70's.
Et puis tout de même pour terminer, dans la famille metal un zeste de Bad Brains ou de Primus...
Voilà, si vous connaissez toutes ces références sans connaître Fishbone, inutile de dire que vous resterez le cul assis par terre à l'écoute de TROMS qui est tout ça et bien plus encore. Si vous êtes un metalleux pur et dur, passez votre chemin, ou plutôt non, entrez on ne sait jamais vous pourriez avoir un déclic. Et pour les derniers sceptiques, sachez que depuis 2003, Rocky George, le légendaire guitariste de Suicidal Tendencies, a rejoint les rangs de Fishbone !!
En 2009, trente ans de carrière au compteur, toujours actifs, ça se fête et n'en doutez pas, eux vont le fêter cet anniversaire. Et moi avec.

MORDRED - In This Life (1991)

Mordred n’a pas réussi à déchaîner les passions comme leurs homologues de Faith No More. Signés chez Noise International, label connu et reconnu pour ses prestigieuses signatures Thrash et Power Metal (Kreator, Helloween, etc) lorsque FNM est signé chez Slash / London Records (propriété de Polygram…) est déjà un premier signe de faiblesse.
Lorsque l’on est un groupe américain signé par un label allemand, lorsque de surcroît on mixe allègrement sonorités hip hop en allant inclure un DJ dans son line-up et riffs thrashy, et lorsqu’on est seulement en 1991 avec George Bush Père au pouvoir, on a tous les ingrédients pour ne remporter qu’un maigre succès d’estime.
Qui plus est, Faith No More, le groupe auquel on va forcément penser en écoutant Mordred, a déjà pris la meilleure part du gâteau en 1989 avec la sortie de "The Real Thing". Néanmoins, Mordred n’est pas dénué d’intérêt et presque vingt ans plus tard, on est en droit de se dire que les Californiens, s’ils avaient eux aussi bénéficié du support logistique des plus grosses machines de l’époque, auraient marqué un peu plus de leur empreinte le paysage musical.
Quoi qu’il en soit, "In This Life" propose un savant mélange de riffs thrash saupoudrés d’une pointe d’épices hip hop avec quelques scratches bien sentis. L’album a son lot de hits potentiels prêts à vous faire bouger les cheveux mais aussi le popotin. "Falling Away", dont sera issu un clip video en est le parfait exemple, le scratch de la platine venant se marier avec bonheur aux riffs de guitare. Avec Scott Holderby au chant qui tantôt fait penser à Mike Patton (encore lui) et tantôt à Mark Osegueda (Death Angel), Mordred ne renie pas son penchant Thrash et parvient à un résultat assez harmonieux de chants typés thrash avec un débit proche de celui d’un MC.
Un album de très bonne facture qui en ravit plus d’un à sa sortie et qui, seul le temps sait pourquoi cela arrive aux uns et pas aux autres, a su se faire oublier au point de devenir une anecdote de l’Histoire de la musique. Si vous êtes de ces historiens qui savent que tous les rouages de la machine ont eu leur importance, prenez le temps d’écouter un jour cet album qui préfigure, en mieux, le succès de bon nombre de groupes "neo"… dix ans au moins avant.

JANE'S ADDICTION - Ritual de lo Habitual (1990)

Difficile de considérer Jane’s Addiction comme un "groupe". Etymologiquement et musicalement parlant, un groupe ce sont plusieurs musiciens qui concrétisent leur passion commune par de la musique et lorsqu’ils sont chanceux et/ou talentueux, cela se traduit le plus souvent par la sortie "physique" de quelque chose (album, démo, etc…). 
Le terme sied relativement mal à Jane’s Addiction dont les multiples séparations et reformations n’intéressent depuis bien longtemps plus personne. Derrière le "groupe" se cache la tête pensante (lorsqu’elle n’est pas intoxiquée) de Perry Farrell. Le nom ne vous dit peut-être rien mais sachez que c’est le gars derrière le fameux festival Lollapalooza.
Aussi, en tant que bébé de Farrell, celui a une enfance pour le moins agitée.
Je vous passerai les incessants changements de line-up pour arriver en 1990, date à laquelle, l’isotope "Ritual de lo Habitual" devient suffisamment stable le temps d’enregistrer un album.
Stephen Perkins batteur au groove imparable (Infectious Grooves), Dave Navarro rockstar fan d’Alerte à Malibu et guitariste funky et mercenaire à la fois (RHCP, Alanis Morrissette, Christina Aguilera…) et Eric Avery, bassiste inspiré ayant même voulu remplacer Newsted au sein de Metallica se retrouvent autour de Farrell pour sortir l’album qui rendra Jane’s Addiction éternels.
Muscialement, on pourrait comparer Jane’s Addiction aux Red Hot Chili Peppers. Les sonorités sont presque identiques : la guitare est funky, la basse slappée à l’occasion comme Flea sait aussi le faire, batterie groovy et pourtant… Oui, Farrell possèdes des sonorités vocales qui font poindre la mélancolie.
Les cinq premiers titres sont assez symptomatiques de l’époque, que ce soit "Ain’t No Right" ou le single "Been Caught Stealing", ils versent un peu dans le "titres à la RHCP pour vendre mieux mon album". C’est bon mais sans plus, c’est créatif et funky mais c’est loin d’être jouissif et on n'a pas inventé le fil à couper le beurre. Mais alors ? Me direz-vous.
Et bien il n’y a pas que cinq morceaux voyez-vous, les quatre dernières productions sont tout bonnement exceptionnelles. Aurait-il mieux valu ne sortir que celles-ci dans un maxi plutôt que de sortir le reste en bouche-trou ? Eh, qu’est-ce que j’en sais ? Rien.
Simplement, ces morceaux proviennent d’autres personnes, pas celles qui ont fait la première partie de l’album. Etaient-ils sous l’influence d’autre chose qu’un 7-Up ? Probablement, émotion narcotique, désespoir funky, "My Dying Bride meets George Clinton" (ok, j’en fais un peu trop), font de "Ritual de lo Habitual" l’ultime disque d’un groupe somme toute dispensable. Une perle dans un océan de merde médiatique.

DUB WAR - Pain (1995)

1993 : Earache Records est un label désormais connu et reconnu. Au milieu des années 80, parti de rien, une boîte postale et quelques livres sterling en poche, Dig Pearson va créer le label de musique extrême le plus en vu abritant dans son écurie des groupes comme Napalm Death, Carcass ou encore Entombed.
Mais voilà, la faute à des velléités trop commerciales et/ou à un style, le death metal, qui semble s'essouffler, Pearson lorgne vers d'autres horizons. Alors que ses poulains traditionnels remarqués par des majors américaines produisent une musique qui perd de sa personnalité, Earache s'éloigne de son bastion pour tenter d'autres aventures certaines fois réussies mais pas toujours très heureuses.
Parmi les nouveaux héritiers, entre les Pitchshifter et les Fudge Tunnel ou les Misery Loves Co., Dub War fait une arrivée à peine remarquée.
C'est pourtant bien dommage. Ce groupe qui nous vient du Pays de Galles nous offre une musique hybride dont le contenu est assez original. Mêlant allègrement un punk / hardcore peaufiné digne des meilleurs groupes US et notamment des fameux Bad Brains avec tout de même des influences très metal dans le sens de la composition, Dub War déverse sa fouge avec des lyrics carrément ragga. Cela leur vaudrait le quolibet journalistique de premier groupe de "ragga metal". Bon, on connaît le talent de nos journalistes pour nous pondre un nouveau genre musical chaque semaine, mais l'image semble tout de même être la bonne. Dub War profitera notamment de la gloire nouvelle de groupes dans la lignée d'Asian Dub Foundation et leur Facts & Fiction bien que leur orientation musicale reste résolument beaucoup plus metal.
"Pain" regroupe des titres assez endiablés comme les furieux "Why" ou "Mental" qui débutent l'album (et qui ne sont certainement pas placés là par hasard histoire de ne pas tout de suite faire peur à l'amateur des productions "traditionnelles" Earache). Une fois le venin passé, on trouve des titres de facture plus classique tels "Respected" ou "Fols Gold" qui constituent un véritable hommage à leurs grands frères des Bad Brains ou Gorrit qui lui penche plus vers une sauce à la Faith No More d'un point de vue vocalises. "Over Now", le titre final vous en remet une, de claque, juste à la fin, histoire de se rappeler à son public.
La véritable discographie de Dub War tient en deux albums. Les divergences artistiques entre Earache et le groupe qui ne devait pas représenter une des préoccupations majeures de Pearson auront eu raison de Dub War en moins de dix ans. Promis à un bel avenir, deux albums formidables à leur actif, Dub War s'éteint injustement faute d'être tombé sur la bonne carte. Néanmoins on pourra toujours faire confiance à Earache pour sortir régulièrement une "compilation" (déjà une en 2005 pour Dub War...) de tous ces groupes qu'ils ont exaspéré et n'ont finalement pas su garder.

TOOL - Lateralus (2001)

Est-il possible de ne pas connaître Tool ? Est-il possible d'ignorer un des groupes qui malgré la réussite commerciale a toujours joué sa musique sans se demander quelle en serait la portée médiatique, sans se demander si les kids allaient apprécier ou rejeter tel ou tel album ?
"Lateralus" est le troisième opus du groupe. Malgré un album certifié double platine, n'allez pas vous imaginer que son contenu ait été étudié pour faire fantasmer les midinettes ou les pré-pubères. Si le côté obscur d'Ænima y est moins accentué, les compos de Tool gagnent en puissance en allant vers des sphères plus progressives. Chaque morceau s'insinue viscéralement, créant une alliance de précision rarement atteinte entre la prise de tripes et la prise de l'âme, ceci dû en grande partie à un des tous meilleurs batteurs au monde qui soit.
Certaines mauvaises langues diront que "Lateralus" déçoit en oubliant d'innover par rapport à son petit frère "Ænima", d'autres ajouteront que cet album ne s'écoute que sous influence. Peut-être ont-ils raison après tout. Et alors ? Le premier but est atteint. Nous ensorceler par une musique hypnotique et surtout unique dans le monde du metal.
Difficile de ranger ailleurs qu'en Fusion la musique de Tool. Les éléments progressifs, rock, pop (oui c'est bien ce que j'ai écrit), les percussions orientales et la voix de velours de Maynard tendent à le faire dériver dans cette catégorie. Néanmoins, si la musique est inclassable il eut été dommage de laisser Tool de côté dans notre sélection des Trublions.

Article réalisé par vastAire (initialement publié le 1 Novembre 2008)

1 commentaire:

Raphaël a dit…

Concernant Primus, mon choix se porterait plutôt sur l'album Frizzle Fry, plus "Primus" à mon goût.
Je pense qu'il aurait également été judicieux de parler d'autres groupes tel Bad Brains, Run DMC, 24/7 Spyz, Mr Bungle et Extreme, d'autres groupes ultimes de la scène Fusion. Cela dit, cette sélection reste très bonne et bien représentative de la scène !